Que dit la science ?
L’Hypnose est un phénomène naturel vécu au quotidien, partagé par tous les humains car l’homme est avant tout un être social.
Il partage ce mode de fonctionnement au quotidien lors de ses activités artistiques, sportives entre autres, qu’elles appartiennent à la sphère privée ou sociale.
Comme l’écrivait François Roustang, dans son livre « Il suffit d’un geste » : « L’état hypnotique est partout, et il s’agirait de le faire apparaître quelque part ».
Cependant, l’hypnose, ce phénomène de société n’a pas été touché par la culture.
Alors, si ce phénomène est naturel, que nous disent les neurosciences sur cette modalité nécessaire au fonctionnement de l’humain ?
Nos amis Belges du CHU de Liège ont mené une véritable étude du cerveau en I.R.M. Fonctionnelle pour repérer des particularités cérébrales de l’hypnose.
Marie Élisabeth Faymonville et son équipe du CHU de Liège, en 2011 ont montré qu’il y avait :
– Une activation du réseau des régions occipitales et pariétales des sensations et de la motricité.
– Une sous activation du précuneus et du cortex Mesio-frontal comme dans le sommeil et dans certains états végétatifs.
William McGowen et ses collègues en 2009 ont confirmé que l’induction hypnotique diminue l’activité du réseau du mode par défaut.
Pierre Rainville, Canadien francophone à l’Université Mac Gill a aussi contribué, dès 1999, à révéler les modulations hypnotiques de la douleur, activations des cortex pré-frontaux et du cortex cingulaire antérieur CCA dorsal et du tronc cérébral.
Le processus hypnotique diminue la sensation et l’inconfort d’une stimulation nociceptive.
L’hypnose permet de moduler l’activité des structures corticales impliquées dans la douleur :
– Les suggestions hypnotiques ciblant la composante sensorielle de la douleur, affectent principalement S1.
– Les suggestions ciblant la composante affective, affectent principalement le CCA.
L’hypnose déclenche des mécanismes de contrôle descendant affectant les réponses réflexes.
Le Pr David Spiegel de Stanford avait, en 2009, montré également lors d’une étude de l’activité du cerveau chez différents volontaires, des modifications très spécifiques.
David Spiegel a sélectionné 43 sujets « hautement hypnotisables » après avoir testé 545 étudiants.
Il a comparé le fonctionnement du cerveau de ces sujets « hypnose » avec un groupe de 24 étudiants « réfractaires à l’hypnose ».
Il a tiré trois enseignements de ces comparaisons :
En premier, le degré d’hypnotisabilité de la population en général :
15% de la population (américaine du nord) est facilement hypnotisable
33% n’est pas facilement hypnotisable
52% est moyennement hypnotisable
Tout cela correspond à ce qui est décrit depuis l’utilisation des échelles d’hypnotisabilité.
En second, la connectivité particulière lors de l’état hypnotique :
– Réduction de l’activation du cortex cingulaire dorso antérieur
– Augmentation de la connectivité entre l’insula et le cortex préfrontal dorso-latéral
Ceci confirme le haut degré d’attention et sa focalisation pendant l’hypnose ; phénomène connu, décrit par Herbert Spiegel en 1989.
En troisième, la conscience de soi :
– Diminution de la connectivité entre le cortex cingulaire postérieur et le cortex pré-frontal dorso-latéral
Cette modification de connectivité expliquerait, selon David Spiegel, une diminution de la conscience de soi.
Nous pouvons également citer « Le livre Bleu » du Pr De Beneditis qui recense des études de qualité sur l’utilité de l’hypnose.
Sur la base de données PubMed, plus de 19 000 articles sont cités. Tous n’ont pas le sérieux que l’on attend, mais les travaux se poursuivent.
Auteur : Eric GIBERT
Date : novembre 2023
Bibliographie :
Roustang F., Savoir attendre pour que la vie change, Editions Odile Jacob, 2006.
Que dit la science, P. Rainville et coll. Science 1997 ; 277 : 968. Rainville et al, Journal of Cognitive Neuroscience 11 (1999).
Faymonville et coll., Functional neuroanatomy of the hypnotic state. J Physiol 2006 ; 99 : 463-469.
Faymonville et coll., Increased cerebral functional connectivity underlying antinociceptive effects of hypnosis. Cogn Brain Res 2003; 17.
Hagbarth et Finner, Modulation de la perception de la douleur par l’hypnose : 1963, Kiernan et coll. Pain 1995.
Functional Brain Basis of Hypnotizability, Arch Gen Psychiatry. 2012 Oct; 69(10): 1064–1072.
doi: 10.1001/archgenpsychiatry.2011.2190.
Fumiko Hoeft, MD PhD,1,2,3 John D.E. Gabrieli, PhD,4 Susan Whitfield-Gabrieli, BSc,4 Brian W. Haas, PhD,1,2 Roland Bammer, PhD,5 Vinod Menon, PhD,1 and David Spiegel, MD1.Williams, Sarah C. P. (July 28, 2016). « Study identifies brain areas altered during hypnotic trances ». Stanford Medicine News Center (in Samoan). Retrieved 2022-08-22.
Huberman, Andrew (2022-02-21), « Dr. David Spiegel: Using Hypnosis to Enhance Mental & Physical Health & Performance ». Huberman Lab. Retrieved 2022-08-22.