Les Thérapies Brèves

Les Thérapies Brèves

Les thérapies brèves regroupent différentes approches thérapeutiques centrées sur un objectif précis et limité dans le temps. Elles visent des changements concrets en travaillant dans une optique solutionniste plutôt que sur l’exploration longue du passé. Elles s’interrogent plus sur un « comment » les gens font pour aller mal (Thérapie Stratégique Brève) ou pour aller bien (Thérapie Orientée Solution) que sur un « pourquoi ». Ce sont des thérapies dites cognitivistes, systémiques ou humanistes (les solutions / les ressources sont toujours à trouver chez le patient ou dans son système).

On peut citer dans une liste non exhaustive les principales thérapies brèves connues comme suit : la thérapie systémique brève, la thérapie narrative, La thérapie orientée solution, les thérapies cognitives et comportementales, la thérapie stratégique…

 

Les découvertes clés des neurosciences sur l’Hypnose

The Brief Therapy

La « thérapie brève » est née à Palo Alto au Mental Research Institute (MRI) en 1959. Aujourd’hui on la retrouve sous l’appellation « thérapie stratégique brève »

Ses fondateurs sont Mettez Don Jackson (1920-1968), Virginia Satir (1916-1988) et Jules Riskin (1924-2013). Se joindront par la suite Richard Fish, Jay Haley, John Weackland et Paul Watzlawick. Ils ont hérités des recherches faites sur les paradoxes dans la communication par Gregory Bateson (1904-1980), mais aussi d’une science toute nouvelle qui révolutionnera notre monde aussi bien au niveau technologique que psychologique : la cybernétique, qui appliquée dans le domaine de la santé mentale prendra le nom plus connu de la « systémique ».

Des théories révolutionnaires

Ces théories révolutionnaires ont permis de mieux comprendre « comment » les gens font pour « créer leur propres malheurs » (Paul Watzlawick) et surtout « comment » les amener à sortir du cercle vicieux mental et comportemental dans lequel ils sont bloqués. Le mot « Brief » a longtemps porté préjudice à la thérapie brève car il a été traduit en Europe par « brève », amenant l’idée d’une thérapie rapide qui travaille à la surface des choses. Le sens exact de la traduction est plutôt « essentiel ». La thérapie brève nous permet effectivement d’obtenir des résultats plus rapides car c’est un outil qui nous oblige à aller droit à l’essentiel. L’outil central de la thérapie brève est une grille que l’on appelle la « grille de Palo Alto ». Cette grille de questions nous permet de ne pas nous perdre dans le flot des informations qu’un patient peut nous amener. Elle nous offre un axe clair nous permettant de savoir :

  • de quoi ai-je besoin pour aider mon patient
  • comment lui permettre de sortir du système douloureux dans lequel il est bloqué.

L'interventionnisme

Quittant résolument la posture de « neutralité bienveillante » du psychanalyste, le thérapeute bref propose des tâches d’observations, construit des interactions avec son patient l’amenant à penser, ou se penser, dans un angle de vue différent ou plus large. On nommera recadrage, les propositions qui permettent au patient de regarder sa réalité d’un telle manière que tout en respectant ses valeurs, il s’autorisera les solutions qui lui permettront de retrouver l’équilibre restaurant le bien être dans son système de référence interne.

Quelques principes 

Tout comportement est toujours logique du point de vue de celui qui le fait et en rapport à son système interne et externe.

Grégory Bateson rapporte en observant la cérémonie de Naven, dans la tribu des Iatmul (Naven, 1936) avoir pris conscience de l’importance du contexte et raconte avoir été saisi par la scène qui se déroulait sous ses yeux ; des hommes et femmes dansant sous la pleine lune, habillés de vêtement tribaux, faits de plumes et de paille, chantant au rythme de tambours ; cette scène était parfaitement juste et sensée, là, sur cette île, cette plage magnifique bordée de cocotiers mais, s’il prenait juste ce groupe de personnes et les téléportait sous le pont de Brooklin, il est fort à parier que les passants les trouveraient pour le moins bizarre ! Sans contexte, le sens d’un comportement perd son sens pour celui qui observe…

Ainsi, des personnes peuvent avoir un comportement qui semble fou aux yeux du monde extérieur et pourtant, ce comportement répond à une logique, la leur, tirée de leur croyances, leurs valeurs, leur culture. Nous analysons donc le cadre de référence du patient pour comprendre la logique des ses pensées et comportements avant de proposer un quelconque changement.

L'interventionnisme

Quittant résolument la posture de « neutralité bienveillante » du psychanalyste, le thérapeute bref propose des tâches d’observations, construit des interactions avec son patient l’amenant à penser, ou se penser, dans un angle de vue différent ou plus large. On nommera recadrage, les propositions qui permettent au patient de regarder sa réalité d’un telle manière que tout en respectant ses valeurs, il s’autorisera les solutions qui lui permettront de retrouver l’équilibre restaurant le bien être dans son système de référence interne.

La non normativité

La thérapie brève ne veut pas ramener les patients à une norme consensuelle (une « bonne » manière de faire, de vivre) mais bien leur permettre de retrouver leur équilibre personnel. Le principe éthique de la thérapie brève repose sur le postulat que chacun trouvant son bonheur dans son accès à son individualité, sa différence, le thérapeute bref n’essayera pas que chacun soit « normal », mais plutôt « épanoui ». C’est donc le patient qui définit ce qui est problématique pour lui.

Le problème lié aux tentatives de solution

« C’est paradoxalement ce que les gens font pour tenter d’aller mieux qui à créé ou entretient le problème ». Ce postulat est sans doute la pierre angulaire de la théorie de la thérapie stratégique brève. Paul Watzlawick (1921-2007), entre autre, dans son livre « Faites vous-même votre propre malheur », illustre admirablement cette idée que beaucoup de nos problèmes viennent de nos croyances et attentes. Le thérapeute bref se doit donc de permettre au patient de quitter un type de fonctionnement issu de ses croyances et valeurs, qui le rend malade, pour aller vers des solutions qui, elles seront libératrices.

Le lien avec l’hypnose Ericksonienne :

La thérapie stratégique, a été fortement influencée par les travaux de Milton H. Erickson (1901-1980).
Ami de Margaret Mead (1901-1978), Anthropologue et épouse de Grégory Bateson, Ce dernier avec Jay Haley (1923-2007) (Auteur d’ « Un thérapeute hors du commun » en 1973) et Paul Watzlawick, ont étudié la manière dont Erickson utilisait la communication, les paradoxes et les suggestions indirectes pour provoquer le changement.

L’hypnose et la thérapie stratégique brève partagent plusieurs idées fondamentales :

  • Le changement passe par l’expérience
  • Le thérapeute est interventionniste
  • Il utilise des interventions paradoxales

On retrouvera des techniques inspirées de l’hypnose comme : les suggestions indirectes, le recadrage, les métaphores thérapeutiques, les tâches thérapeutiques, parler le langage du patient …

Si la thérapie brève est un outil idéal pour traiter les problèmes entretenus par les stratégies mentales donc conscientes du patient, l’hypnose en plongeant le patient dans un état de transe sera lui un outil plus adapté pour activer l’accès à des ressources inconscientes. Son champ d’application s’étendant du domaine psychologique, au domaine médical et comportemental.

Références 
Ces ouvrages constituent des références majeures pour comprendre les fondements, les techniques et les applications de la thérapie brève, aussi bien dans son versant stratégique que dans son lien avec l’hypnose éricksonienne. Ils offrent une base solide pour approfondir la pratique et la théorie de cette approche

  • Bateson, G. (1977). Pour une écologie de l’esprit (Tome 1 & 2). Seuil.
  • Bouvet, C. (2019). La thérapie brève : Manuel pratique. De Boeck Supérieur.
  • Erickson, M. H., & Rossi, E. L. (1981). L’hypnose thérapeutique : Fondements et applications. Satas.
  • Haley, J. (1986). Un thérapeute hors du commun : Milton H. Erickson. Éditions Homème.
  • Nardone, G. (2003). La peur, les phobies et les obsessions : Thérapie brève stratégique. Satas.
  • Watzlawick, P., Weakland, J., & Fisch, R. (1975). Le changement : Principes de la problématique et de la psychothérapie. Seuil.
  • Watzlawick, P., Weakland, J., Fisch, R., & Seagal, J. (1975). Tactique du changement : Thérapie brève et approche systémique. Seuil.